Retraite : ce qui change pour les parents au 1er septembre
Deux décrets du 29 juillet s’appliquent aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre. Le salaire annuel moyen sera calculé sur vingt-quatre ou vingt-trois années pour les parents, et deux trimestres liés aux enfants comptent désormais pour la carrière longue.
C’est une réforme discrète, publiée au Journal officiel du 31 juillet, en plein creux estival, et qui produira ses effets dès les pensions liquidées à compter du 1er septembre. Deux décrets du 29 juillet, portant le même intitulé et numérotés 2026-699 et 2026-700, corrigent des mécanismes de calcul dont les femmes supportaient l’essentiel du coût.
Le premier touche au salaire annuel moyen (SAM), la base sur laquelle se calcule la pension du régime général. Jusqu’ici, la retraite était liquidée sur les vingt-cinq meilleures années. Pour les assurés ayant eu un enfant, le nombre d’années retenues passe à vingt-quatre. À partir de deux enfants, il tombe à vingt-trois. Mécaniquement, les années les plus faibles de la carrière, souvent celles des congés maternité, des temps partiels subis et des interruptions, sortent du calcul. Le texte s’applique au régime général, à la fonction publique territoriale et hospitalière, aux ouvriers de l’État, aux clercs et employés de notaires, aux salariés et non-salariés agricoles ainsi qu’à Saint-Pierre-et-Miquelon. Il crée par ailleurs une bonification d’un trimestre pour les femmes de la fonction publique ayant accouché après le 1er janvier 2004, à condition que la naissance soit postérieure à leur recrutement.
Deux trimestres qui débloquent un départ anticipé
Le second décret joue sur un autre levier, plus technique mais aux effets immédiats. Le départ anticipé pour carrière longue suppose un nombre de trimestres cotisés, et non simplement validés. Or les trimestres attribués au titre des enfants, maternité, éducation, adoption, congé parental, ne comptaient pas comme cotisés. Ils le seront désormais, dans la limite de deux trimestres par assuré. Pour une femme qui bute à quelques trimestres du seuil, cela peut faire basculer un départ d’une année sur l’autre.
L’évaluation chiffrée de ces mesures reste parcellaire. Les estimations qui ont circulé lors de la publication des textes évoquent un gain moyen de l’ordre de 1 % de pension, une retraitée sur deux ayant eu des enfants concernée par la réforme du SAM, et entre 6 000 et 12 000 départs anticipés supplémentaires par an. Aucun chiffrage officiel consolidé n’a été publié à ce stade. Un point de pension sur une retraite de 1 400 euros représente une quinzaine d’euros par mois, un peu moins de 200 euros par an, versés jusqu’à la fin de la vie.
La suspension de la réforme de 2023 entre en application
Le 1er septembre porte une seconde échéance, d’une portée bien plus large. La suspension du relèvement de l’âge légal, votée dans la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 le 16 décembre 2025 et précisée par trois décrets du 7 mai 2026, s’applique aux départs prenant effet à compter de cette date et jusqu’en janvier 2028. Les générations nées à partir de 1963 y gagnent de trois à six mois selon leur année de naissance.
Le nouveau calendrier fige provisoirement l’âge légal à 62 ans et 9 mois pour les assurés nés en 1963, en 1964 et au premier trimestre 1965. Il passe à 63 ans pour ceux nés entre avril et décembre 1965, à 63 ans et 3 mois pour la génération 1966, à 63 ans et 6 mois pour 1967, à 63 ans et 9 mois pour 1968, avant de rejoindre 64 ans pour les générations 1969 et 1970. Les bornes varient selon les régimes : la caisse des agents des collectivités locales retient un périmètre légèrement différent pour ses ressortissants sédentaires et actifs. Un assuré né en 1964 ou au premier trimestre 1965 a besoin de 170 trimestres, la durée d’assurance requise reprenant ensuite sa montée vers 172.
Ces deux textes ne remplacent pas les dispositifs existants, ils s’y ajoutent. La majoration de durée d’assurance du régime général, huit trimestres par enfant pour les mères salariées, quatre au titre de la maternité et quatre au titre de l’éducation, reste acquise. Les nouveaux décrets changent la façon dont ces trimestres sont comptés pour l’accès au départ anticipé, et le nombre d’années retenues pour le calcul du montant. Deux paramètres distincts, qui se cumulent.
Ces gains arrivent au moment où le financement des retraites revient dans le débat budgétaire. Parmi les pistes évoquées pour le budget 2027 figure une revalorisation des pensions inférieure à l’inflation pour les retraités les plus aisés, sans baisse nominale. Rien n’est arbitré et le projet de loi de finances n’est pas déposé. Pour un assuré proche de la liquidation, la seule certitude utilisable est celle du droit en vigueur : ceux qui remplissent les conditions au 1er septembre ont intérêt à faire recalculer leur estimation, car les caisses n’appliquent pas rétroactivement les nouveaux paramètres aux pensions déjà liquidées.