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Budget 2027 : les retraités paieront, reste à savoir comment

Désindexation des pensions ou suppression de l’abattement fiscal de 10 % : Sébastien Lecornu a posé les deux options et laissé l’arbitrage au Parlement. Un baromètre Odoxa pour Generali, publié la veille, montre à quel point cette génération redoutait déjà le sujet.
 

Soixante-cinq pour cent des futurs retraités redoutent de manquer de moyens financiers une fois la vie active terminée. La peur de tomber malade arrive derrière, à 46 %. Ces deux chiffres sortent du baromètre « La retraite et moi » que Generali France a publié le 17 septembre avec Odoxa. Le lendemain, le premier ministre confirmait que les retraités seraient mis à contribution dans le budget 2027.
 

Sébastien Lecornu a posé l’alternative sans trancher : soit la désindexation des pensions sur l’inflation, soit la suppression de l’abattement fiscal de 10 % dont bénéficient les retraités sur leurs revenus imposables. Le chef du gouvernement chiffre l’effort demandé à moins de 6 milliards d’euros, promet qu’aucune pension ne diminuera en valeur faciale et renvoie le choix aux députés. Le texte passe en conseil des ministres le 1er octobre, avec un objectif de déficit ramené à 5 % du produit intérieur brut en 2027.
 

Les deux mesures ne frappent pas les mêmes foyers. La désindexation rogne le pouvoir d’achat de tous les retraités, y compris les plus modestes, par un mécanisme lent et peu lisible. La suppression de l’abattement de 10 % touche les seuls retraités imposables, plus durement ceux dont la pension est élevée, et produit son effet dès l’avis d’imposition suivant. D’autres pistes circulent, dont un gel des pensions les plus importantes et un tour de vis sur les aides au logement. Le premier ministre s’est engagé à ne recourir ni au 49.3 ni aux ordonnances, sous réserve qu’il n’y ait pas d’obstruction parlementaire.
 

Le mécanisme de l’abattement mérite d’être rappelé, puisqu’il concerne tous les retraités imposables. Les pensions bénéficient, comme les salaires, d’un abattement de 10 % appliqué avant le calcul de l’impôt, avec un plancher et un plafond révisés chaque année. Le supprimer augmente la base imposable sans toucher ni au barème ni au montant versé, ce qui permet de tenir la promesse d’une pension inchangée tout en prélevant davantage. La désindexation n’augmente rien non plus : elle laisse l’inflation faire le travail, année après année, sur le montant de la pension elle-même.
 

Un tiers seulement aborde la retraite avec envie
 

Le baromètre Odoxa a été réalisé en ligne du 4 au 14 mars auprès de 3 056 actifs de 45 ans et plus et de 565 retraités, échantillons construits par quotas. Il décrit une période de la vie que les Français désirent sans y croire tout à fait. Quatre-vingt-sept pour cent des futurs retraités y associent la possibilité de profiter de la vie, 86 % un sentiment de liberté. Mais 28 % seulement l’attendent avec envie. Trente-six pour cent oscillent entre enthousiasme et inquiétude, 18 % l’abordent avec appréhension.
 

Les retraités en poste confirment la crainte financière plus qu’ils ne la démentent : 51 % déclarent vivre moins bien qu’avant, contre 20 % qui estiment vivre mieux. L’inquiétude épouse la trajectoire professionnelle. Soixante et onze pour cent des ouvriers craignent de manquer de ressources, contre 58 % des cadres. Elle épouse aussi la géographie : 73 % en Centre-Val de Loire et 72 % en Bourgogne-Franche-Comté, contre 62 % en Provence-Alpes-Côte d’Azur et dans le Grand Est.
 

Peu de projets chiffrés, beaucoup d’attentes
 

La préparation, elle, reste mince. Cinquante-neuf pour cent des futurs retraités déclarent avoir des envies ou des projets, mais 15 % disposent d’une vision réellement structurée, et 41 % n’ont pas engagé de réflexion approfondie. D’où une demande d’accompagnement massive : 71 % jugent nécessaire d’être aidés pour anticiper financièrement leur retraite, et la proportion grimpe à 74 % chez les ouvriers quand elle tombe à 62 % chez les cadres.
« L’une des clés de succès pour bien préparer cette nouvelle étape de vie réside dans l’anticipation », déclare Sophie Vannier, directrice générale de Generali Retraite, qui cite l’épargne régulière et le conseil personnalisé comme leviers.
 

Le baromètre décrit aussi ce que ces années sont censées contenir. Les futurs retraités se projettent dans les voyages à 69 %, le sport à 49 % et le développement de passions personnelles à 48 %. Les retraités en poste décrivent un quotidien plus sédentaire, où la lecture occupe 65 % d’entre eux contre 38 % des actifs, et où le temps consacré aux proches passe devant, à 64 % contre 53 %. Le voyage résiste, à 60 %. L’écart entre les deux listes donne la mesure de ce que le budget disponible autorise réellement.
 

Reste que l’anticipation suppose de savoir à quelles règles on se prépare. Ceux qui ont ouvert un PER (plan d’épargne retraite) en comptant sur le régime fiscal en vigueur découvriront peut-être que le cadre a bougé entre-temps. La mobilité géographique, elle, ne compensera rien : 67 % des futurs retraités comptent rester où ils vivent, 22 % envisagent de changer de région et 11 % de partir à l’étranger.
 


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