Épargne responsable : les jeunes y croient, à condition qu’on leur montre où va l’argent
La Semaine de la finance responsable s’est ouverte le 30 septembre sur un double constat. Dans un sondage Ifop, 17 % des épargnants disent connaître l’investissement responsable. Chez les jeunes déjà convaincus, interrogés par une plateforme de financement participatif, la crainte de l’écoblanchiment arrive en tête des freins.
Trois pour cent : c’est la part des épargnants français qui citent spontanément le label ISR (investissement socialement responsable) quand on les interroge sur la finance durable. Le label a pourtant dix ans et couvre 1 007 fonds au 31 juillet 2026. Le chiffre vient du sondage Ifop réalisé pour le Forum pour l’investissement responsable (FIR), publié le 22 septembre en amont de la Semaine de la finance responsable, qui se tient du 30 septembre au 11 octobre.
L’enquête, menée en ligne du 26 au 31 août auprès de 1 002 personnes, montre un marché qui peine à rencontrer son public. 17 % des épargnants déclarent connaître l’investissement responsable. 16 % s’en sont vu proposer, et 62 % de ceux-là ont souscrit. Au total, 14 % ont déjà investi dans un produit de ce type. La demande latente est plus large : 52 % jugent importants les impacts environnementaux et sociaux de leurs placements, une proportion qui grimpe à 68 % chez les 18-24 ans.
Des convaincus qui demandent des preuves
L’édition 2026 de la Semaine est consacrée à la jeunesse. À cette occasion, Lendosphere et Lendopolis, deux plateformes de financement participatif spécialisées dans les énergies renouvelables, ont sondé leurs 7 000 clients de 18 à 30 ans, sur 118 000 membres, et mené 50 entretiens. Le nombre de répondants n’est pas précisé. L’échantillon n’a rien de représentatif : ces jeunes ont déjà investi, 16,64 millions d’euros au total, et leurs réponses décrivent des épargnants acquis à la cause.
Ils sont 94 % à penser que leur épargne peut avoir un effet réel sur le climat. 80 % disent investir de façon responsable par cohérence avec leurs valeurs, 65 % citent le rendement. Leurs exigences portent sur l’information : 77 % jugent très importante la transparence sur l’utilisation des fonds, 71 % la clarté des explications, 52 % la preuve concrète de l’impact. Le rendement et les frais ne sont très importants que pour 38 % d’entre eux.
Leur engagement a de l’ancienneté. 71 % investissent de façon responsable depuis plus d’un an, dont 43 % depuis plus de trois ans, et 31 % y consacrent plus d’un tiers de leur épargne. 58 % considèrent que les choix d’épargne des particuliers peuvent fortement influencer la transition écologique. Dans le sondage Ifop, qui porte sur l’ensemble des épargnants, 47 % croient à un effet positif de l’investissement responsable.
Le premier frein tient à la confiance. 55 % citent la crainte de l’écoblanchiment, devant la défiance envers les institutions financières (37 %), le manque de connaissances (35 %) et des moyens limités (33 %). « Les jeunes investisseurs sont prêts à s’engager mais ils veulent pouvoir vérifier que leur argent produit réellement l’effet annoncé », résume Laure Verhaeghe, présidente de Lendocompany, la société qui exploite les deux plateformes.
Le prêt à un projet avant le fonds labellisé
Leurs choix de placements s’écartent des circuits bancaires. 78 % ont déjà prêté à un projet par le financement participatif, ce qui n’étonne pas chez les clients d’une plateforme, et 65 % ont placé de l’argent sur un livret ou un compte dit à impact. Les produits classiques arrivent loin derrière : 35 % ont acheté des actions sélectionnées sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, 29 % une assurance vie ISR, 8 % des fonds ISR et 6 % un plan d’épargne retraite responsable. 86 % se disent satisfaits de leurs placements responsables.
Le financement participatif permet d’identifier un projet, un territoire et un porteur, ce qu’un fonds diversifié ne montre pas. Il concentre aussi le risque. La plateforme le rappelle dans ses mentions réglementaires : le prêteur s’expose à un défaut du projet, à une perte totale ou partielle du capital et à l’impossibilité de revendre sa créance avant l’échéance.
Le label ISR a de son côté durci ses règles en mars 2024, avec un nouveau référentiel qui écarte notamment les entreprises développant de nouveaux projets d’énergies fossiles. La finance solidaire, autre famille de l’épargne engagée, totalise 34 milliards d’euros fin 2025, en hausse de 15 %, soit 0,52 % de l’épargne financière des ménages selon le baromètre de l’association FAIR. Celle-ci publie le 9 octobre, avec France Active et OpinionWay, son sondage annuel sur les Français et l’épargne solidaire.