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Livrets : les Français puisent dans leur matelas, le LEP en première ligne

Le livret d’épargne populaire a perdu plus de 3 milliards d’euros en septembre, un record pour un mois de septembre selon l’AFP. Le Livret A recule aussi, malgré son taux relevé en août. BPCE L’Observatoire révise ses prévisions et estime que le recul du pouvoir d’achat retire 15 milliards d’euros aux placements attendus des ménages en 2026.
 

Le 1er août, le taux du Livret A est passé de 1,5 % à 1,7 %. En août, le livret a collecté 460 millions d’euros. En septembre, il en a perdu 1,52 milliard, selon les chiffres publiés le 22 octobre par la Caisse des dépôts. C’est sa septième décollecte de l’année : depuis janvier, les retraits dépassent les dépôts de 6,92 milliards d’euros, pour un encours de 442,7 milliards. Le LDDS (livret de développement durable et solidaire) a perdu 700 millions sur le mois.
 

Septembre est souvent un mois difficile pour le livret. Depuis 2009, le Cercle de l’Épargne en compte huit en décollecte, celui-ci compris, avec un record de 2,38 milliards en 2015, et septembre 2025 avait fait pire que cette année, avec 1,95 milliard de retraits. Le cumul, en revanche, inquiète davantage : le Cercle anticipe désormais 9 à 10 milliards d’euros de retraits nets sur l’ensemble de 2026, comparable à 2014-2015, après 2,12 milliards en 2025. « En l’état actuel de la décollecte, il n’y a pas péril en la demeure », écrit toutefois son directeur, Philippe Crevel.
 

Le vrai décrochage est ailleurs. Le LEP (livret d’épargne populaire), rémunéré 2,5 % et réservé aux ménages modestes (23 028 euros de revenu fiscal de référence au plus pour une part en 2026), a enregistré 3,03 milliards d’euros de retraits nets en septembre, alors qu’il avait collecté 110 millions un an plus tôt. Une partie de ces sorties s’expliquerait par la clôture des livrets dont les titulaires ont dépassé deux années de suite le plafond de revenus, vérifié à partir des avis d’imposition. Le Cercle de l’Épargne y voit aussi la preuve des difficultés rencontrées par un grand nombre de ménages. « La contrainte de pouvoir d’achat pèse de plus en plus sur le comportement des épargnants », écrit Philippe Crevel.
 

Un livret qui rapporte moins que l’inflation
 

Avec des prix en hausse de 3,1 % sur un an en septembre, selon l’Insee, le Livret A rapporte moins que l’inflation. L’énergie, en hausse de 21,3 %, tire l’indice. « Les livrets notamment réglementés continuent de pâtir de leur moindre rémunération », a résumé Eric Buffandeau, directeur adjoint Études et Prospective du Groupe BPCE, en présentant le 21 octobre les Rendez-vous de l’Épargne de BPCE L’Observatoire. Le groupe table sur un Livret A à 2,60 % au 1er février 2027, le Cercle de l’Épargne sur environ 2,5 %.
 

L’argent qui quitte les livrets ne disparaît pas pour autant. Sur les huit premiers mois de l’année, d’après BPCE L’Observatoire, l’assurance vie a collecté 43,5 milliards d’euros nets, contre 36,6 milliards un an plus tôt. Les comptes à terme, dont la rémunération suit la hausse des taux, ont attiré 12,3 milliards, après 6,5 milliards de retraits sur la même période de 2025. L’épargne logement a perdu 17,7 milliards : les premiers PEL (plans d’épargne logement) limités à quinze ans arrivent à échéance depuis mars et sont clôturés. L’assurance vie elle-même ralentit : en août, sa collecte nette est retombée à 2 milliards d’euros, 1,9 milliard de moins qu’un an plus tôt, selon France Assureurs.
 

Moins d’épargne en 2026
 

BPCE L’Observatoire a revu son scénario pour tenir compte du conflit au Moyen-Orient et du choc obligataire : croissance ramenée à 0,4 % en 2026, inflation moyenne relevée à 2,2 %. Les placements financiers des ménages perdraient 19,7 milliards d’euros par rapport à la prévision précédente, dont 15,2 milliards dus au recul du pouvoir d’achat, 2,4 milliards à la hausse des taux de l’État et 2,1 milliards au ralentissement du crédit immobilier. Sur l’ensemble de l’année, les livrets réglementés afficheraient 7,6 milliards de retraits nets, l’épargne logement 29 milliards.
 

Les ménages le disent eux-mêmes. Dans le baromètre Assurances 2026 de BPCE L’Observatoire, réalisé avec Viavoice auprès de 2 000 personnes, 28 % des Français prévoient d’épargner moins que l’an dernier, huit points de plus qu’un an plus tôt. La première raison de mettre de côté est de faire face à un coup dur (39 %), loin devant les vacances (15 %). Et l’enquête date de mai, avant le choc obligataire de l’été et l’accélération de l’inflation en septembre.
 


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